XAVIER NOD
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Lettre numéro 9
Ca te semble fou. A moi aussi.
On a beau vivre ce genre d'expérience, on a peine à croire qu'il s'agit d'autres choses que de vulgaires formes-pensées émises par celui-même qui les reçoit. Et pourtant ...
Donc voici "le voyage dirigé" par l'ami Oswald, le premier de la série.
Oswald avait 23 ans, il est instituteur. Nous nous sommes connus et appréciés malgré la différence d'âge.
Mon cinéma personnel débute sur la vision d'un prêtre : je célèbre une messe à l'aube, dans un clairière. C'est une traditionnelle messe catholique. De nombreux paysans m'entourent; c'est un office dos au public. Je me retourne et ils me font face avec ferveur.
Oswald me demande : "Pourquoi n'es-tu pas dans une église?" Je lui réponds que je suis en opposition avec le clergé, que je n'ai plus le droit d'officier dans les lieux sacrés.
Dans la vision suivante, je suis attablé dans une cuisine de campagne, devant un âtre ; avec moi des hommes de la terre. Une atmosphère confiante et amicale règne parmi nous.
Après un temps d'arrêt le film souvenir me montre que le prêtre, c'est-à-dire le moi d'alors, se promène serein dans la campagne ; il a une grande foi en Dieu mais se sent marginal en l'Eglise.
Puis, s'impose une réunion épiscopale... Je suis jugé et banni pour avoir enfreint le dogme.
De plus je me suis insurgé contre un certain pouvoir à la fois religieux et civil.
Je vois un bûcher. Je dois être brûlé. "En quelle année es-tu ?" demande Oswald . "En 1567".
Je suis calme, prêt à partir dans l'au-delà; je suis conscient que le pouvoir de l'Eglise m'a rejeté et que le pouvoir politique veut ma mort. Gênant donc ce prêtre qui s'est heurté à la société !
Dans la foule gronde la colère à peine contenue de mes fidèles paysans, marginaux comme moi.
Un cavalier survient, fait un signe : je suis gracié.
Et je me retrouve dans la forêt à nouveau, malade, mourant. On m'a libéré pour cela ; ainsi on ne sera pas responsable de ma mort devant le peuple qui m'aime.
Je suis à deux heures avant ma mort. J'ai le sentiment d'avoir accompli ma mission. Une lumière vient sur moi. Une paysanne m'a hébergé et m'a fait coucher dans un lit clos, genre breton ; elle m'a donné des bols de lait. Près de la porte de la cabane.., une forme féminine : Blandine alias Colette. Je l'ai aidée en d'autres temps, elle vient me chercher ; un lien persiste.
Je vais mourir. Je meurs. Je sors du corps charnel, je monte... monte , vois des âmes, ressens une forte émotion, un sentiment de fusion et... soudain, je suis arrêté dans mon ascension. Ma vie défile, de la mort à la naissance et je comprends que quelque chose me bloque. Je m'en veux, je m'impose cette étape, je ne suis pas digne de cette lumière.
Oswald me demande ce qui entrave ma montée. " J'ai fait une erreur de jeunesse". dis-je.
Et c'est le retour avant mon entrée dans les ordres.
Vision d'une famille noble, beaux atours... je m'arroge des droits que je n'ai pas.., je tente d'usurper un titre à mon frère.., je suis chassé de la famille.
Seul ce conflit familial pèse sur ma conscience, de l'avoir compris me libère et je monte en parfaite unité avec moi-même.
Recherches ultérieures faites à la date de 1567, nous constatons Oswald et moi que ce fut l'année de la Révolte, dite des Gueux, durant laquelle des prêtres s'insurgèrent contre l'influence espagnole et l'Inquisition, ceci aux Pays-Bas, en Flandre.
Un livre d'histoire nous apprend qu'alors le clergé catholique prit la tête de l'opposition contre Philippe II d'Espagne. La soeur de ce dernier, la duchesse de Parme appelée Marguerite, partagée entre la pitié et l'obéissance se mit à pleurer. Un conseiller du roi lui dit alors:
"Quoi, Madame, peur de ces gueux- là !" Et ce fut le nom de gueux qui unit les prêtres à la foule. L'action répressive contre un certain clergé commença (voir Histoire universelle, tome 6) le 9 septembre 1567 par l'arrestation des comtes d'Egmont et de Hornes. Ce fut une affreuse boucherie alimentée par le Conseil des Troubles (dont j'ignorais tout en mon actuelle tour d'ivoire). J'ai appris, grâce au Quid, quels furent les tenants et aboutissants de cette guerre de religion des Pays Bas.
Bref, des innocents furent torturés et exécutés sur l'ordre de Philippe II et au nom de la foi. Plusieurs suspects s'en allèrent en Allemagne ou en Angleterre, d'autres se cachèrent dans les bois où la misère les contraignit à vivre de rapines.
Le duc d'Albe tenta, en vain, de sauver le comte d'Egmont lequel fut arrêté et exécuté le 5 juin 1568, place du marché à Bruxelles.
Chose étrange : je suis née à Bruxelles près du palais d'Egmont.
On croit ou on ne croit pas. Ai-je été ce prêtre ? Ai-je puisé dans la mémoire du temps, la vie d'un curé de campagne rebelle à l'inquisition ? Quoi qu'il en soit ces faits ont existé et ils sont revenus à la surface par le biais d'une régression.
Où peut-on aller chercher de tels détails ?
Certains pensent que ce genre d'expérience est nocif. Ils ont peur. Peur de quoi ?
C'est Gogol qui a dit que la peur est plus contagieuse que la peste...
Eh bien, je suis du même avis,
Et toi ?
A te lire,
Xavier,
P.S. Je ne sais pour quelle raison cette régression me fait penser à ce qu'écrit dans "La Source Noire" Patrice Van Eersel qui relate des révélations aux portes de la mort.
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à jour : 26 avril 2003